Discours à la Nation : Paul Biya a-t-il survolé les problèmes économiques du Cameroun ?

Publié le par Ebongue Michele

Le Président oscillait entre des redites et des "mentions pas mal" lors de son adresse à ses compatriotes lors du réveillon de la Saint Sylvestre.

Au cours de son traditionnel discours à la nation le 31 décembre dernier, Paul Biya, le Président de la République du Cameroun n’a pas manqué d’évoquer les événements économiques qui ont marqué l’actualité au pays. Sauf que, la plupart de ces événements ont été initiés il y a quelques années de cela. Ce qui explique d’ailleurs pourquoi ce discours semblait être du déjà entendu, du déjà servit. Notamment à cause de la redite sur les effets de la secte islamiste sur l'économie nationale; sur la réalisation des grands projets infrastructurels; et sur les difficultés qu’a le Cameroun à transformer son potentiel en réalité gagnante, mais aussi et surtout sur son propos sur la résilience de notre économie, ce malgré un contexte défavorable.

L’avis d’un expert

Ce point de vue n’est d’ailleurs pas contesté par les économistes. Sauf que certains d’entre eux trouvent cela normal, dans la mesure où les délais d’exécution d’un grand Projet par exemple sont relativement longs, en raison de la complexité que présente la plupart des projets. "Tant qu’ils ne sont pas achevés dans leur réalisation, afin que les effets et les impacts soient perceptibles, le Président de la République en parlera toujours", souligne Angos Zangue, économiste. Quoique, des aspects nouveaux ont été relevés, notamment le recours éventuel ou non à un nouvel ajustement structurel supervisé par les Institutions de Breton woods, a ajouté notre source. Du coup, dans un monde globalisé et de plus en plus en évolution fulgurante, notre interlocuteur indique qu’il ne faut surtout pas redouter les Ajustements Structurels qui pour lui sont des nécessités permanentes. Sauf que "dans un pays normal, les Chefs des Départements Ministériels doivent établir des diagnostics sectoriels et conduire en permanence des reformes structurelles d’adaptation à l’évolution socioéconomique mondiale", mentionne Angos Zangue. Encore que c’est à travers des reformes structurelles réussies qu’on juge l’Action Gouvernementale, nous fait-il savoir.

Sur le constat selon lequel le Président de la République aurait quelques peu dissimulé la situation économique du Cameroun, l’expert n’hésite pas à donner son avis. "Croyez-moi, il est très difficile de masquer une situation économique préoccupante, car les citoyens la ressentent dans leur quotidien". "On peut peut-être corriger les données macroéconomiques chiffrées. Mais cela ne peut durer longtemps, car la réalité finit toujours par éclater", poursuit l’économiste.

Quant à la situation de la dette publique qui a atteint plus de 4 750 milliards de FCFA en juillet 2016 et qui e cessera certainement de croitre en cette année, n’est pas encore alarmante car elle représente à peu près 30 % du PIB, confie-t-on a Emergence. Mais sans avoir besoin d’un Ajustement Structurel de grande envergure, il est important de redoubler de vigilance dans la rationalisation des choix budgétaires et dans l’amélioration de la qualité de la dépense publique. De même qu’il faut se préoccuper de la réponse des autres acteurs du Secteur Privé, tel que voulu d’ailleurs par le Chef de l’Etat. Cela passe par une approche participative de prise des décisions socioéconomiques.

Prescriptions

"Normalement, il serait judicieux de limiter le nombre de projets à engager au même moment, afin d’éviter le saupoudrage excessif que l’on relève dans le Budget de l’Etat", est la résolution majeur qu’a prescrit notre source. A l’en croire, l’analyse structurelle des actions ministérielles serait toute indiquée. Cependant, ce qu’il y a à noter est que le Cameroun a engagé plusieurs grands projets, dont les réalisations semblent piétiner et s’enliser, quoique les avancées qui sont tout de même notables pourraient bien être accélérées.

En ce qui concerne les petits projets, il faudrait les mettre en œuvre dans le cadre de la décentralisation, à travers le Programme des Investissements Prioritaires Régionaux qui a la faculté de toucher toutes les communes, tous les départements et toutes les régions, et donc susceptibles de transformer le Cameroun en un vaste chantier comme l’a voulu le Chef de l’Etat, conclut notre interlocuteur.

Michèle Ebongue

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